[RP] L'Adieu du Corbeau: Arrivée du Chasseur

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[RP] L'Adieu du Corbeau: Arrivée du Chasseur

Message par Yvanies_daktom le Mer 12 Fév 2014 - 17:39

Région de Ryes - Janvier 1462



Le froid mordant ne ralentissait pas les pas de l'homme. Non plus que la fatigue, qui avait vite ressurgi après sa courte nuit de sommeil. Les quelques heures de quiétude et de délassement n'avaient que trop faiblement compensé la journée passée et ses multiples émotions. L'attente interminable devant la grande herse de la Forteresse de Ryes. L'entrevue avec le Capitaine Enguerrand dans l'enceinte du Krak majestueux. Et le choc émotionnel qui avait suivi cette mission plus formelle que véritablement personnelle... Le retour brutal des années en arrière et dans un contexte bien différent. La crise, les mots, les rires et les pleurs... Au petit matin, tout s'était tellement mélangé dans son esprit qu'il avait préféré partir comme un voleur, poussé par cet instinct subit que quelque chose l'attendait au détour du chemin.

La large trace de sang sur son mantel en était le profond révélateur. Il s'était bien passé quelque chose. Et son air décidé et froid aurait effrayé le premier esprit sensible croisant sa route. La remise en ordre de ses pensées attendrait hélas... Il devait traverser au plus vite ces régions pour se préparer à ce qui allait suivre. Il devait aussi accomplir sa tradition. Le temps était compté. Et l'homme marchait vite.




Marquisat des Alpes Occidentales - Naissance de Février 1462



Le départ avait succédé au retour, l'atmosphère était par trop délétère dans le Duché, l'envie trop grande de changer d'air et de s'extirper de ces querelles qui transformaient les habitants en roquets et les soldats en caniches bien dressés... A peine arrivé, l'homme avait mis ses deux parcelles en vente, rassemblé son paquetage et pris la route avec ses compagnons. Direction le sud. Direction le soleil. Même si le mois de Février, là-bas aussi, devait être rude.

Rose, Claude, Torlem, Ibelin et lui. Ce petit équipage passa Chambéry, traversa le Lyonnais-Dauphiné du nord au sud et arriva en la ville d'Arles par Avignon. Arles où Rose avait promis qu'ils s'y sentiraient bien et que Claude pourrait partir en quête de ses mythiques sirènes...

Et même si la Provence, elle aussi, était en proie à de graves troubles politiques, la situation empêchait notre homme de s'en faire et de s'en préoccuper vraiment. Seul les noms de Raishar et d'Ana trainaient, entêtants, dans son esprit. Il aurait voulu les emmener, les convaincre de le suivre... Mais Von Valendras est un nom qui respire la Savoie... Il s'était promis de leur écrire.

Et c'est dans cette nouvelle terre d'accueil que lui parvint un pigeon bien fatigué et essoufflé. Il avait, la veille, sacrifié à qui de droit le corps d'un Corbeau. Il avait prié des heures durant pour le salut d'une âme et bu le sang de l'animal. Et voila que le lendemain se faisait jour une nouvelle des plus attendue... Les pirouettes du sort, décidément, ne manquaient pas de l'amuser.

Une fois connaissance prise du parchemin, il prépara à la hâte son départ. Il lui restait une petite somme de son précédent périple et avait gagné quelques écus en commerçant sur le chemin. Il prendrait une monture, changerait de tenue et emporterait ce qu'il devait. Ne rien oublier...




Duché d'Amboise - Mi de Février 1462



C'est un Yvaniès bien différent qu'on put apercevoir au sortir d'un détour du chemin qui menait à l'imposant Castel d'Amboise. Quiconque l'aurait croisé, quelques semaines plus tôt, à Annecy ou à Ryes, ne l'aurait probablement pas reconnu en cet instant. Du vieil éclopé un brin crasseux et renfrogné qui avait bousculé l'entrée de la Licorne, il ne restait peut-être que la répulsion des cicatrices et la dureté des traits. L'air fatigué, aussi, la route avait été longue. La poussière qui recouvrait sa monture et ses vêtements en était la preuve. Mais cette poussière se voyait récente, et le tissu, dessous, paraissait neuf et de bonne facture.

Oh, bien sur, il n'avait guère fait de folies. Se contentant de sobres et déprimants vêtements d'un noir de jais. Chemise épaisse de voyage, braies solides et résistantes, bottes de cavalier, mantel doublé de fourrure, de lapin certainement, pour la route et l'hiver. Il n'avait pris aucun couvre-chef, le capuchon de son mantel lui servant certainement à masquer son visage et sa chevelure blanche qu'il avait ramenée, comme à son habitude, en catogan vers l'arrière de son crâne.

Il n'avait pas poussé le vice jusqu'à se jucher sur une monture noire. Non, celle-ci avait une robe alezan et détonait, plutôt agréablement, avec la noirceur assumée de son sombre cavalier. La selle semblait d'un cuir solide, sans fioritures. L'homme s'était raisonnablement équipé en fonction de ses moyens. Le tout paraissait de bonnes factures sans verser dans des dépenses inutiles. Les fontes étaient rebondies et, accroché au bout de la selle, un étrange paquet attirait souvent son attention. On eut dit comme un épais cylindre de tissu blanc, sanglé, attaché, et qui ne laissait rien voir ce qu'il contenait.

La monture avançait au pas sur le chemin caillouteux, l'écume séchée sur son corps frémissant révélant qu'elle avait surement du assumer des cadences assez élevées. L'homme, lui, dodelinait par instant de la tête et sursautait parfois en redressant sa posture. Il rabattit soudain son capuchon et dévoila ses traits qu'il savait encore peu avenants. La luminosité du jour, jusqu'alors voilée par le tissu, l'aveugla un peu et il porta sa main entre son front et ses yeux pour se protéger de l'agression.

Ainsi, il put apprécier la vue qui s'offrait à lui. La fin de son long voyage précipité par une simple lettre. L'imposante demeure qui portait le sceau de la Louveterie et respirait sa puissance et sa grâce. Le Château d'Amboise, l'une des plus nobles terres de cette famille et de cette lignée, où tant d'évènements s'étaient déroulés, où tant de grandes, belles, infimes choses s'étaient dites. Ce lieu regorgeait d'histoire et de passion. Quiconque savait tendre son coeur et s'arracher un peu à la froide matérialité de son existence pouvait frémir de ces courants d'énergies qu'on imaginait quadriller l'endroit de part en part.

Et Yvaniès frémit. Car s'il connaissait, un peu, l'histoire et la force du lieu, il se rappelait surtout ce qui les rattachait l'un à l'autre. Revenir ici avait une saveur particulière. Comme celle, retrouvée, d'un gâteau d'enfance qu'on découvre, au hasard d'un détour imprévu, à l'âge adulte, et qui vous renvoie à mille images, mille souvenirs, cent pleurs et cent rires. Il se retint d'envoyer sa compagne à quatre pattes au galop, conscient, l'espace d'un instant, de tout ce qu'il lui avait déjà fait subir, et prit son mal en patience tandis que toise après toise, le Château devenait écrasant et superbe.

Il croyait reconnaitre chaque pierre, chaque sillon, chaque herbe folle et chaque arbre... Il se voyait encore errer et tourner, chercher n'importe quel moyen de pénétrer et de rester. Et il se souvenait de la satisfaction d'avoir trompé la garde ou la personne responsable d'un quelconque office. L'adrénaline qui montait à chaque intrusion. La peur d'être reconnu, démasqué. S'il avait souffert de cette ombre, il en avait joué aussi... Peut-être était-ce même ce qui lui avait permis de tenir et de poursuivre sa mission durant toutes ces années.

Mais aujourd'hui était un jour particulier. Aujourd'hui il rentrerait par la grande porte et se ferait même annoncer. Pour la première fois ils entendraient son nom et recevraient sa demande. A cette pensée si étrange, sa main droite serra les rênes et tenta d'écraser un peu plus le cuir. L'émotion était palpable. L'instant assez unique pour être vécu intensément.

Arrivé devant le pont-levis, il stoppa sa monture et en descendit avec précaution. Il n'avait jamais été un cavalier très alerte, préférant les acrobaties nocturnes sur les toits de Paris aux longues chasses sur un animal dont il ne comprenait pas la démarche. Sans avoir peur de la bête, il la trouvait... particulière. Il passa quand même sa main sur son encolure pour la flatter après avoir si bien travaillé. Il se murmurait que les animaux, aussi, avaient besoin de leur lot de contentement.


On te trouvera de quoi manger et une petite récompense. Tu n'auras qu'à ruer si ça ne te convient pas...

Il n'était pas sur qu'elle comprenait vraiment, mais était véritablement persuadé que le ton aidait au dialogue et à l'échange. Alors il se forçait à lui parler. Sait-on jamais...

La saisissant par la bride, il s'avança sur le lourd chemin de bois qui précédait la herse et le poste de garde de l'endroit. De sa main libre il dégrafa son mantel, dévoilant sa tenue sobre et sa ceinture, à laquelle n'était accrochée que la petite Miséricorde qu'il portait en permanence. Il omit, bien entendu, d'ouvrir sa chemise et de dévoiler l'attirail qu'elle renfermait, mais les vieux réflexes ont, dit-on, une tête plutôt costaud.

S'arrêtant à portée de voie du poste, il annonça sa présence et la raison qui la motivait. D'une voix claire, celle d'un homme sur de lui et de sa force:


Hola ! Du poste de garde ! Faites savoir qu'Yvaniès Daktom demande à être reçu par la Maîtresse des lieux ! Et il est attendu !

Il se serait bien fendu d'un "et bougez vous le cul", mais sa nervosité était bien moindre que le jour où il s'était présenté à Ryes. Et même si les questions et les doutes se bousculaient en lui, il respectait infiniment plus cet endroit et ne se voyait pas y provoquer un esclandre du plus mauvais goût. Alors il attendit en passant sa main dans la crinière de la jument.
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Yvanies_daktom
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