Et de la patience vint ?

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Et de la patience vint ?

Message par Ellesya le Mer 20 Fév 2013 - 17:26

Dès les huitièmes de finale achevées, la jeune duchesse s'était éclipsée des tribunes. La réponse qu'elle espérait plus qu'elle ne l'attendait lui avait été apportée par un drôle de petit page. Son contenu l'avait étonnée et rappelée des années plus tôt, lorsque sa marraine lui semblait plus proche d'elle, plus accessible. Avec une bouffée de joie, elle avait replié le message et avait attendu avec une impatience contenue la fin des passes d'armes bien que certaines lui ait fait oublié éphémèrement sa résolution.

Mais maintenant, la voici en marche. A travers la Cour basse, en saluant chacun. Puis sur le parvis de la collégiale dédiée à Saint Bynarr qui fut l'ami des défunts Ducs d'Amboise et où patientaient trois des escortes de sa Marraine, confirmant que celle-ci était encore dans les lieux.
Entrant dans l'ombre du saint lieu aux dentelles de tuffeau, Ellesya adressa une prière silencieuse au Très Haut, remonta la nef et s'assit, patiente, sur le premier banc, le regard vif argent étudiant les vitraux.

Quel calme après le vacarme du champ clos !
Elle en oubliait presque la profonde lassitude qu'elle s'efforçait de dissimuler chaque jour un peu plus.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ingeburge le Jeu 21 Fév 2013 - 17:32

La remontée depuis la crypte de la collégiale fut lente et comme appliquée, effectuée comme dans un rêve. Une main gantée retenant un pan de son manteau et de sa houppelande de velours, Ingeburge grimpait tout en songeant encore aux réflexions qui l'avaient assaillie alors qu'elle contemplait les gisants du couple ducal d'Amboise. Et, si chaque degré la ramenait aussi sûrement dans le monde des vivants qu'au rez-de-sol, elle était encore plongée dans ses songeries quand elle atteignit le niveau supérieur, n'étant pas parvenue à se débarrasser tout à fait de l'humeur particulière qui l'avait saisie, en bas. Un instant, elle demeura au sommet de l'escalier, ses yeux accoutumés à la pénombre du sous-sol tâchant de s'acclimater à la clarté tombant des vitraux et à la blancheur des pierres ayant servi à édifier le lieu de culte où elle se trouvait. Dans son dos, les deux Lombards, placides, patientaient, ayant réglé leur allure et leur comportement sur les siens. Puis, une poignée de secondes plus tard, elle dépassa l'autel afin de gagner l'allée centrale, les gardes toujours dans son dos.

Si lorsqu'elle était entrée quelque temps plus tôt, elle avait trouvé l'édifice vide, elle eut la surprise cette fois d'y rencontrer quelqu'un. Et quelle surprise, même si la personne vêtue de sombre assise au premier rang était certainement celle la plus légitime à s'y trouver puisqu'il s'agissait pas moins de la duchesse d'Amboise elle-même. Oui, une surprise, le temps avait donc filé à ce point pour qu'Ellesya se trouvât là? Certes, il était toujours difficile d'estimer combien pourrait durer une phase de joutes mais Ingeburge ne s'était pas attendue à ce qu'il fût ou si tard, ou que les huitièmes se fussent déjà achevées. En fait, elle ne s'était attendue à rien, elle avait juste souhaité être en paix, passer quelques instants avec Morgwen et Asdrubael et une collégiale était l'endroit idéal pour trouver cette atmosphère sereine, mieux encore qu'une chambre où l'on reste forcément sous l'attention de ses chambrières et carrément mieux que tout autre lieu à Amboise, pour un temps centre des réjouissances d'un royaume en proie au déchirement. La paix. En était-elle pour autant troublée maintenant qu'elle n'était plus seule sous les voûtes et qu'elle se trouvait face à sa filleule? Certes non et après une légère hésitation, elle avança encore, afin de se rapprocher de la maîtresse des lieux.

Parvenue à une hauteur suffisante pour ne pas avoir besoin de hausser la voix, Ingeburge leva la main afin de congédier au loin des Lombards qui ne comprendraient certes rien à ce qui se dirait, ou tout au plus le basique des salutations, mais qui étaient inutiles. Le duo de l'escorte s'éloignant vers le narthex, elle dit :

— Le bonjour, Ellesya.

Et puis, ce fut tout. La Prinzessin n'était certes pas réputée pour sa conversation, ou plutôt, par la quantité de ce qu'elle pouvait exprimer, même avec ses familiers. Pourtant, c'était la première fois qu'elle se retrouvait en tête-à-tête avec la Walkyrie de Tyr depuis qu'elle était arrivée à Amboise. C'était étrange sans l'être, après tout, Ellesya se devait avant toute chose à ses devoirs d'hôtesse et son tournoi hivernal avait drainé moult délégations nobiliaires; elle était de fait fort occupée. Alors, la voir et autrement qu'environnée de plusieurs personnes comme cela avait été le cas dans les tribunes, la rencontrer seule, cela n'avait pas de prix. Et si Ingeburge répugnait à parler, ce fut néanmoins naturellement qu'elle exprima sa joie, poursuivant :
— Je suis heureuse de vous voir.
Avec cet air qui avait l'air de dire tout le contraire, ou plutôt, qui ne laissait rien transparaître. Ce qui pouvait revenir au même pour celui à qui il était opposé. Et ce fut tout aussi simplement, qu'elle ajouta :
— Les huitièmes de finale sont donc clos?
Car après tout, si elle ne parlait guère, la Danoise savait aussi ne surtout pas s'appesantir sur ce qui de personnel pouvait franchir ses lèvres.

Devenue silencieuse, elle continua à examiner de ses yeux vides le visage de sa filleule.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ellesya le Ven 22 Fév 2013 - 20:54

Ellesya avait glissé dans une méditation de courte durée et dont elle sortit paisiblement, aux bruits des pas approchant. Lorsqu'Ingeburge fut à quelques pas d'elle, elle se leva tandis que les lombards prenaient le large, à distance respectable.
Au bonjour, la jeune tourangelle répondit d'un sourire chaleureux. Puis la suite vint en son temps et en son genre, comme toujours avec sa Marraine.


Oui, l'épreuve du jour est terminée, c'est pourquoi je me suis éclipsée et, m'ayant renseigné, je suis venue voir si vous désiriez que nous devisions un peu toutes les deux.

J'avais envie de parler de nos dernières lettres avec vous et puis de profiter un peu de votre présence en mes murs car je suis heureuse que vous soyez là. .


Le regard clair scruta un bref instant les traits de celle qui lui faisait face pour tenter de déceler comment était accueillie son initiative.

J'ai songé, bien trop tard, à vous proposer le Clos Lucé le temps de votre séjour. Il n'est qu'à quelques minutes à pied et bien au calme. Je suis désolée de n'avoir pas eu cette attention avant.

Si ma compagnie vous agrée, désirez vous que nous restions ici ou que nous faisions quelques pas. Le cloître entourant partiellement la collégiale n'est pas utilisé. Nous ne devrions y rencontrer personne...
Je vous avoue que cela me ferait du bien d'être au calme. Vous comprenez sûrement.


Plus qu'à attendre le verdict en renvoyant à ce regard particulier, la chaleur qu'elle avait retrouvé dans le sien, après que la joie ait retrouvé le chemin de sa vie.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ingeburge le Dim 24 Fév 2013 - 1:50

Le renseignement sur des joutes qui ne présentaient plus aucun attrait personnel pour elle fut recueilli par Ingeburge avec un intérêt poli mais sans plus, c'est pourquoi elle ne jugea pas opportun de demander les résultats des duels qui venaient de s'achever, elle n'en avait plus rien à faire. Du reste, la duchesse d'Amboise ne semblait guère encline à s'étaler sur la question, eu égard à la promptitude avec laquelle elle glissa sur un autre sujet à mille lieues du sport celui-ci. La rencontre, les lettres, la joie de se retrouver, là encore Ingeburge opposa la mine qui lui était coutumière. En revanche, il y eut quelque chose dans les propos d'Ellesya qui altéra ses traits, une ombre fugace traversa son visage quand fut évoqué le Clos-Lucé. Ce Clos-Lucé, c'était la seigneurie qui avait été octroyée à Håkon et cette référence implicite, qu'elle fût volontaire ou non, la prit de court, pour aussitôt la renvoyer à ce neveu dont elle n'avait guère de nouvelles et avec lequel les rapports étaient... compliqués, quand il était possible d'en avoir. Coïncidence ou non, il lui semblait que c'était à l'occasion d'une cérémonie qui avait suivi une scène familiale particulière où elle avait évoqué la survie de leur lignée et de leur nom qu'elle avait mis pour la dernière fois les pieds dans cette paisible collégiale. Et coïncidence ou non, dans cette période où elle était amenée à se poser beaucoup de questions, cette évocation indirecte de Håkon la renvoyait à nouveau à cette faculté qu'elle avait d'entretenir des relations délicates avec tous les gens qui lui étaient proches. Entre les membres de sa mesnie d'Auxerre qui ne pouvaient espérer la voir que s'ils voyageaient avec, tant elle était par monts et par vaux; sa fille qu'elle n'avait pas vue depuis des années; Miguäel qu'elle avait le sentiment de perdre malgré le rapprochement survenu l'année passée; Actarius avec lequel le jeu du ni avec vous ni sans vous venait de connaître un épilogue brutal : tout semblait partir à vau-l'eau. Et Ellesya, aussi. Evidemment.

Sa main qui jouait machinalement avec un bout du manteau se crispa. D'abord, régler son sort au Clos-Lucé, comme on se dépêche de jeter le viande avariée, pour qu'elle ne contamine pas tout le cellier :

— Mon logement me convient parfaitement, j'y goûte un repos complet et ne suis nullement dérangée. Soyez assurée que les dispositions que vous avez généreusement prises pour moi m'agréent en tout point.

Et donc, Ellesya, aussi. Ce qui expliqua certainement, en partie du moins, qu'elle accepta sans tergiverser l'invitation d'une promenade dans le cloître :
— Je vous accompagne bien volontiers à l'extérieur.
En outre, elle se reconnaissait dans ce besoin de calme et elle comprenait de fait fort bien que sa filleule y aspirât. Alors, elle ne pouvait qu'accepter, mieux, elle pouvait y contribuer de son côté.
— Mes gardes se placeront à l'entrée.

Ce qui écarterait ceux qui pourraient éventuellement se perdre dans le coin. Et pour bien marquer la fermeté de son accord, elle ajouta :
— Je vous suis.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ellesya le Lun 25 Fév 2013 - 16:26

De citer le Clos avait causé un léger pincement au coeur de la jeune duchesse. En effet, si elle jugeait bon d'en disposer comme elle le désirait pour sa marraine, c'est que son seigneur n'en avait plus l'usage depuis un long temps. Elle préféra ne pas aborder la question et l'informer qu'elle avait envoyé une lettre à Hakon pour lui demander de respecter ou briser son engagement. L'amitié n'était pas en cause, mais de vassal elle n'avait plus dans les faits depuis des années.
Mais déjà, Ingeburge la rassurait sur les dispositions prises à son égard. En réponse, elle opina simplement du chef.
Le reste fut clair et concis alors elle l'invita à la suivre d'un pas mesuré mais dont elle goûtait chaque mouvement après être restée assise trop longtemps à son goût.

Alors qu'elles s'avançaient, Ellesya entra dans le vif du sujet.


J'adresse mes prières plusieurs fois par jour à notre Seigneur et à ses Saints ainsi que je demande pardon pour les fautes que je commets.
Toutefois, je ne puis différer trop longtemps ma confession dans les règles.

Je vous remercie pour la réponse que vous m'avez adressé. Son Eminence Bender a conservé mon respect depuis l'époque où il fut mon professeur au séminaire et même l'amitié s'est-elle ajoutée avec le temps. Je vais lui écrire.

Je suis toujours liée à mon parrain mais je vous avoue qu'une partie de mes aveux le concernent car je ne parviens pas à me défaire de certaines rancunes – bien que le mot soit trop fort - néfastes pour mon âme et remontant à l'époque où j'étais son Préfet à Rome. Mais je lui conserve mon affection et nous correspondons encore. Ce sont juste des taches sur un tableau qu'il me faut nettoyer...

Quant aux autres noms, j'avoue qu'ils ne sont que des noms pour moi. Mais je vais les garder en mémoire et m'en servirai si cela s'avère nécessaire.


Le regard clair glissa vers celle qui marchait à ses côtés, lui laissant l'opportunité de pousser le sujet plus avant ou d'en changer. Ou encore ne rien dire et laisser sa filleule faire résonner le lieu de son babillage.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ingeburge le Mar 26 Fév 2013 - 16:29

Dans un délicat bruissement d'étoffes précieuses, les duchesses d'Amboise et d'Auxerre une des allées de la collégiale saint-Bynarr, précédés par les deux Lombards qui s'en allèrent rejoindre leurs trois compères restés à l'extérieur. Quand elle passerait devant eux, Ingeburge leur dirait en quelques mots de se placer à l'entrée du cloître et il ne serait pas besoin d'ajouter que les intrus devraient être refoulés : ils connaissaient les habitudes de leur maîtresse et avaient depuis longtemps appris à entendre ce qui n'était pas dit. Hiver oblige, l'air serait vif au dehors et si les faveurs d'Ingeburge par son tempérament réservé et ses origines scandinaves allaient aux saisons froides de l'année, elle n'en était pas moins frileuse, la faute certainement à une enfance et une adolescence provençales. Aussi, quand elle fut proche de la sortie, elle rabattit sa capuche fourrée sur sa tête et boucla le fermail incrusté de gemmes qui permettait de resserrer les pans de son manteau.

Peut-être parce que c'était le lieu qu'elles délaissaient, la conversation roula rapidement sur le contenu du billet qu'Ellesya avait fait porté à Ingeburge dans ses appartements, cette courte missive qui l'avait surprise et à laquelle elle avait répondu après une longue réflexion. Si la Danoise ignorait tout de ce que sa filleule avait à confesser, elle comprenait ce besoin de faire des confidences dans les formes, d'être écoutée par un guide spirituel qui donnerait des conseils que d'autres ne pourraient exposer et qui saurait imposer la pénitence adéquate. Cet appel de la confession, elle-même l'avait ressenti et avait été sur le point de le satisfaire. Las, elle avait été opposée – et par la faute encore d'une femme sans aucune manières et qui avait abusé le bonhomme prélat – à celui auquel elle projetait de se confesser et n'avait pu mettre son projet à exécution, celui qu'Ellesya avait donc distingué parmi les noms qu'elle lui avait transmis. Depuis, elle n'avait rien tenté, échaudée par les magouilles romaines, se contentant de ses sept prières quotidiennes et s'infligeant régulièrement le port de la haire, l'utilisation de la discipline ou des privations, comme au temps de ses vœux de prêtrise.

— J'ignorais tout à fait que vous connaissiez Son Eminence Bender mais c'est là une bonne chose car votre choix s'en trouve facilité. C'est un homme de valeurs et d'une rare discrétion. En ces temps où la Curie romaine se perd en luttes de pouvoir et d'influence, il est rassurant de constater que tous les cardinaux ne sont pas corrompus et vulgaires. J'espère sincèrement qu'il saura vous aider.

Ce qui ne serait manifestement pas le cas d'Aaron. Là encore, mais était-ce vraiment étonnant, elle ne savait rien des relations détériorées entre l'Archevêque in partibus de Césarée et la filleule que tous deux partageaient. La communication la mit mal à l'aise, certainement parce qu'elle la renvoyait à ses propres manquements. Mais elle supporta vaillamment le constat et ne marqua aucun trouble; en venant à Amboise, elle n'était pas sans savoir qu'en plus des plaisirs à tirer des festivités organisées et de la possibilité de revoir ses filleuls qu'elle considérait comme de sa famille, il lui faudrait solder le passé. Pour autant, elle ne comptait pas verser dans l'amertume en déclarant tout haut qu'Ellesya avait été peu gâtée par ses parrain et marraine, le temps viendrait de s'amender, mais avec sérénité.

Le regard porté vers l'avant, elle ajouta :

— Je crois qu'il le saura, il a une grande expérience de pasteur et il n'est rien qu'il ne peut entendre.
C'était d'ailleurs pour cela qu'elle l'avait choisi.

A nouveau, elle se tut et le silence ne fut troublé que par le léger froufroutement des tissus raffinés.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ellesya le Mer 27 Fév 2013 - 20:50

Alors qu'Ingeburge abaissait sa capuche, Sya resserra simplement son mantel sur son cou. Avoir été exposée au froids durant un temps non négligeable avait permis de passer des frissons à la brulure de la chaleur intérieure regagnant ses droits pour ne laisser ensuite qu'une simple tiédeur bienfaisante. Aux propos de sa Marraine, elle opina du chef simplement et glissa un :

Je l'espère, oui.

Sya aurait voulu s'ouvrir à elle mais craignait dorénavant ses silences et son jugement. Elle se souvenait de son attitude envers Lexhor, un soir en taverne. Alors ce qu'elle avait à avouer... elle ignorait totalement quelle serait la réaction de sa Marraine et imaginait le pire. Car malgré tout, malgré les silences, les distances, c'était Ingeburge qui avait le plus revêtu l'apparence d'une mère pour elle pendant des années. Et c'était ce qui la rendait si difficile à rayer de sa vie lorsque les silences se faisaient trop pesants.

D'une voix assez basse mais suffisante en ces lieux de paix, Ellesya osa:


En réalité, voilà longtemps que nous ignorons beaucoup l'une de l'autre.

Point de reproche, juste un constat dit avec douceur. Pourtant, elle se serait mise à genoux et l'aurait suppliée de lui rendre une place dans sa vie et pas juste dans son coeur, si elle n'était pas si fière et si elle pensait que cela pourrait fonctionner. Mais ce fut dissimulé derrière une apparence sereine et légèrement souriante.

Souvent je me demande si vous trouvez votre bonheur en ce monde, si vous vous portez bien également. Qui sont les gens qui vous sont proches.

Elle suspendit son pas un instant, le temps de préciser.

Je ne dis pas cela pour vous embarrasser mais pour lever un non-dit.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ingeburge le Jeu 28 Fév 2013 - 15:40

— Lever un non-dit?
La fin de la phrase de Sya fut répétée, interrogativement, et si la duchesse d'Amboise marqua le pas, celle d'Auxerre s'immobilisa tout à fait. Ingeburge tourna lentement la tête et regarda sa filleule, essayant de comprendre par l'air qu'abordait celle-ci ce qu'elle n'avait pas compris par ses paroles. Car le fait est qu'elle ne comprenait pas, ou à tout le moins qu'elle était incertaine d'avoir bien compris. Sans rien dire de plus pendant quelques secondes, elle observa le beau visage de sa compagne avant de déclarer prudemment :
— Y aurait-il quelque chose que j'aurais volontairement tu et que j'aurais dû au contraire faire savoir?
Et une précision :
— Vous faire savoir?

Sans se presser, elle se remit à marcher, les mains bien enfoncées dans ses poches et le regard dans le vague, ignorant toute la beauté du lieu où elle se trouvait. Elle n'en tirait que le calme qui y régnait et goûtait à cet instant loin d'un monde intrusif même si la conversation amorçait était de nature à forcer sa réserve native. Les mots de la Walkyrie s'entrechoquaient dans son esprit, ils se mêlaient à d'autres prononcés par Actarius une semaine auparavant, par Aelith et Miguaël quelques jours plus tôt et dans tout ce fatras, elle voyait la même exigence, celle qu'elle parle et se découvre plus qu'elle ne le faisait. Il y avait aussi cette question du bonheur qui leur était commune, cette demande incongrue et qui la mettait mal à l'aise, froissée dans le fond que l'on ne comprît pas ses pudeurs. Au comte du Tournel, elle s'était ouverte plus qu'elle ne l'avait souhaité et à la dame d'Augy elle s'était déjà vaguement confiée, n'ayant besoin d'en dire plus que le nécessaire. Au Louveteau qu'elle avait rappelé à elle et qu'elle avait embarqué dans deux de derniers voyages, elle avait renoncé à faire comprendre que refuser de parler n'équivalait pas à la dissimulation et à la fuite. Il n'était que justice au fond qu'Ellesya réclamât sa part même si la manière d'y venir revêtait toutes les formes d'une patience respectueuse.

Un soupir s'exhala de ses lèvres entrouvertes, elle s'était bien doutée en acceptant d'accompagner sa filleule dans sa promenade que seraient abordés son absence et son silence. Si elle répugnait à s'expliquer, elle reconnaissait néanmoins qu'il fallait qu'elle donne un peu plus qu'elle ne le faisait. Mais c'était violent pour elle que de se comporter ainsi, d'aussi loin qu'elle pouvait s'en souvenir, elle avait toujours un goût prononcé pour le mutisme et la distance. Certains des choix qu'elle avait faits n'avaient fait que contribuer à ce retrait. Un autre soupir vint et elle souffla finalement :

— Je reconnais aisément que je n'ai pas donné de nouvelles et que je n'ai pas cherché à en obtenir. Il n'y a rien d'intéressant à savoir à mon propos et je pars du principe qu'il faut laisser les autres tranquilles. Peut-être est-ce parce que la paix, que l'on me laisse en paix est ce à quoi j'aspire par-dessus tout, que là est ma conception de ce qui fait mon bonheur. Si je me tais avec les autres, l'on se taira avec moi. Je dois avouer que cela ne fonctionne guère, notamment avec votre frère qui en cela est bien le fils d'Asdrubael. J'admets aussi que l'on ne puisse accepter quand on s'estime proche de quelqu'un que cette personne vous considère comme ces autres dont elle ne veut rien savoir.

Elle fronça légèrement les sourcils, consciente de sa maladresse et elle ajouta rapidement :
— Non pas que ce qui vous concerne m'indiffère. Ce n'est pas cela. Comment dire?
Ses yeux se perdirent sur le ciel hivernal.
— Je ne parle pas, je ne demande pas, c'est ma nature. Et j'ai...
Elle regarda franchement Ellesya, sa main droite sortant de sa poche et allant se porter sur son cœur.
— J'ai commis l'acte le plus grave que je pouvais commettre compte-tenu de mon statut. J'ai rompu mes vœux et ce renoncement est venu au terme de mois et de mois d'interrogations, de doutes, de tergiversations. Je ne pouvais rien en dire, c'était tout bonnement abominable. Je ne pouvais davantage être là pour qui que ce soit alors que j'étais perdue pour moi-même, alors que je me trahissais et que je Le trahissais. Et cet outrage commis, comment aurais-je tout simplement pu me remettre à vivre et m'autoriser à être avec les gens que j'aime, à prendre de leurs nouvelles et à m'émouvoir de leurs joies? Me taire avec tout le monde était le plus simple, faire le vide était nécessaire. C'est en tous les cas ce dont j'étais persuadée. Je suis libérée de mon serment depuis un an, tout juste mais aujourd'hui encore, je reste convaincue que je n'ai pas le droit à tout ce que mes proches veulent m'offrir.

Ses prunelles pâles toujours posées sur sa filleule, elle dit encore :
— Je ne cherche aucune excuse à mon comportement et je ne demande aucune indulgence. Je vous dois des explications pour mes silences mais je n'attends rien en retour si ce n'est vos reproches. Vous êtes en droit d'être en colère avec moi, vous êtes en droit de me blâmer. Vous parliez de non-dit, ne taisez donc rien.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ellesya le Jeu 28 Fév 2013 - 18:29

Ellesya ne répondit pas de suite lorsque l'expression mal choisie fut répétée. Et elle fut trop longue à chercher un terme plus approprié car elle sentit qu'Ingeburge allait reprendre la parole et elle n'osa briser ce moment.
La marche avait repris et les paroles de sa Marraine s'égrenait jusqu'à son esprit. Elle ne chercha pas à lui couper la parole, répondant juste aux regards adressés et opinant de temps en temps du chef, acceptant ce qui était dit.
Ses mains tièdes se tenaient l'une l'autre, sur son giron.


Alors je vais tâcher de ne rien taire puisque vous m'offrez cette possibilité.

Le silence se réinstalla malgré tout tandis que le regard d'argent de l'héritière des Louveterie réfléchissait en regardant le dallage à quelques pas devant elles.
Jusqu'à ce qu'elle prenne la parole sans se départir de son ton tranquille. Tranquille car elle était soulagée de cette discussion. Tranquille car elle n'avait pas le sentiment d'avoir quelque chose à perdre par rapport à avant.


Je ne suis pas en colère maintenant que je sais.

Je l'ai parfois été, je l'avoue. J'étais surtout déçue et parfois inquiète de savoir ce que j'avais pu faire pour vous déplaire.
Vous êtes la seule vers qui j'ai l'envie de parler de certaines choses. Vos silences après certaines lettres m'ont convaincue que j'avais du vous déplaire.
Mais, au Tournel, vous m'avez rassuré à ce propos.

En est venue ensuite la certitude que vous aviez mieux à faire, que vous m'aviez écarté de votre vie plus que chargée. Un souci en moins, en quelque sorte. Et cela m'a blessé car vous n'ignorez pas de quelle famille je viens et les sacrifices qui furent les leurs surtout d'un point de vue familial. Blessée mais compréhensive car certains devoirs sont difficiles à concilier avec les relations hors de ces charges.


Elle se ménagea un nouveau et court silence pour rassembler ses idées. Elle lâcha avec un petit sourire, avant de retrouver son sérieux :

Miguaël peut être... agaçant.

Au moins comprenez-vous ce que nous pouvons ressentir ?
Il m'est difficile de ne rien savoir de ceux que j'aime. Et qu'ils ne s'inquiètent visiblement pas de moi également.

Je ne peux imaginer les tourments de l'âme qui vous ont mené à rompre vos voeux, ni ceux qui, cela étant fait, vous a coupé de nous, de moi.
Vous allez me trouver présomptueuse sûrement, n'étant qu'une fidèle qui n'a pas atteint votre connaissance en la Chose divine, mais je ne peux imaginer que notre Seigneur à qui l'on peut demander le pardonner et dont la parole de ses prophètes nous a appris qu'il était essentiel d'aimer et d'atteindre le bonheur... Non, je ne peux imaginer qu'Il veuille vous voir renoncer ainsi à ces valeurs. Ne soyez pas l'ermite ! Et ne me dites pas que vous ne l'êtes pas. Il est là quelque part et prend au moins une petite place. Et il faut l'en chasser !

Vous allez me rétorquer peut-être que je prêche pour que vous retrouviez le chemin du partage avec moi et d'autres mais ce n'est pas cela.
Il y a une telle peine, une telle culpabilité dans ce que vous me confiez. Trouvez le moyen de les déposer.
Vous êtes certes telle que vous êtes mais ne portez pas trop longtemps des poids dont vous pourriez vous libérer.


Elle se mordit la lèvre et regarda avec affection Ingeburge. Elle aurait voulu la serrer dans ses bras pour lui apporter du réconfort. A la place, elle lui prit la main, et comme au Mans, la porta à sa joue chaude, puis la libéra presque. Ses deux mains faisaient un lâche cocon autour dont il lui suffisait de glisser pour reprendre la main ainsi volée par sa filleule.
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Re: Et de la patience vint ?

Message par Ingeburge le Lun 4 Mar 2013 - 16:43

Le visage d'Ingeburge se referma, l'instant où il avait témoigné des convictions profondes d'Ingeburge sur sa vie, sur ses fautes était passé. Il s'était refermé non parce que la duchesse d'Amboise évoquait sa colère passée, les interrogations de celle-ci sur sur son comportement – si la Prinzessin apprenait en ce moment ce qui avait traversé l'esprit de sa filleule, elle s'attendait de toute façon à quelque chose de désagréable, à quelque chose qui la renverrait assurément vers ses manquements. Il s'était refermé car avait été abordée une matière déjà évoquée par quelqu'un d'autre, elle en percevait nettement l'écho, l'idée selon qu'elle avait le droit de vivre malgré son renoncement, qu'elle avait droit au bonheur. Cela, elle était loin d'en être persuadée et c'est ce qui transparut tout d'abord dans ses propos. Elle dit, un peu abruptement :
— Je ne sais pas. S'Il m'a pardonnée, je ne le saurai qu'au jour de mon jugement. Il m'est en attendant bien difficile de me pardonner à moi-même, moi-même et de considérer que j'ai le droit comme tout un chacun de jouir des plaisirs simples de l'existence. Vous parlez de ma culpabilité et de ma peine, je suis coupable et cela m'a...
Brisée? Détruite? Elle ne voulait pas en parler, pas même ne serait-ce y songer. L'idée même de ce qu'elle avait ressenti durant la pénitence que lui avait infligée le pape Innocentius était suffisante pour revivre ces instants pénibles. Elle coupa court tant pour s'éviter la douleur que pour ne pas risquer de couper le lien que sa filleule et elle étaient en train de renouer.
— Qu'importe. Alors, puisqu'il faut bien occupant ce temps qu'Il m'a offert, je m'investis çà et là, cela me permet de m'étourdir. Et cela évite aussi que je sombre dans les péchés où était plongé l'ermite qu'Aristote rencontra un jour; j'ai bien assez à réparer par ailleurs pour tomber dans ce travers.

Puis, avec un peu d'hésitation, elle posa sa main libre sur la cage ouverte formée par celles d'Ellesya, les unissant ainsi toutes et elle dit encore :
— Je sais néanmoins apprécier quelques joies et me promener ainsi avec vous en est une. Je mesure ma chance malgré tout ce que j'ai pu faire, ou plutôt en ce qui vous concerne, ne pas faire. Soyez assurée que vous n'avez rien fait qui explique mes silences, soyez assurée qu'il n'a jamais été question de désintérêt en retour à une faute de votre part. Soyez aussi certaine que vous ne m'avez jamais été indifférente. Me voilà bien marrie de vous avoir causé cette peine, de vous avoir laissé entendre par mon absence que vous étiez responsable de mon éloignement. Ma parole ne vaut guère à mes yeux mais j'espère que vous serez convaincue que vous n'avez rien fait de mal car cela est un fait, une vérité. Et j'aimerais pouvoir vous affirmer que je cesserai de jouer les ermites avec ma famille mais voyez-vous, il n'y a nul crédit à apporter aux promesses d'une personne qui a rompu ses vœux puisqu'en agissant ainsi, elle a trahi un des engagements les plus importants qu'un être puisse prendre. J'aimerais vraiment pouvoir le faire, eu égard à ce rappel que vous avez fait sur vos parents eux aussi accaparés par les charges – en ce qui me concerne cependant, ce ne sont pas mes offices qui me pèsent, vous le savez désormais. Oui, je l'aimerais et c'est pour cela que j'essaierai.

Alors, avec cet air indéchiffrable qui la caractérisait, elle ajouta :
— Quant au bonheur, permettez que je réserve ma position. Mais peut-être finirez-vous par saper mes résistances, d'autant plus que vous n'êtes pas la seule à vouloir que je considère la question comme m'étant un droit et donc une possibilité. Connaîtriez-vous cette personne qui m'a tenu pareil discours que je croirais à un complot.

Les mains d'Ingeburge n'avaient pas quitté celles de la Walkyrie.
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Ingeburge
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